Tina Mwangelu, Franco-Congolaise professionnelle en gestion financière est particulièrement engagée en faveur des droits humains et de la justice sociale. Forte de son expérience et de son implication dans des initiatives associatives, elle s’efforce, avec courage et lucidité, avec l'association qu'elle préside "JesuisRDC", de mettre en lumière les enjeux humanitaires en République démocratique du Congo, tout en promouvant des actions concrètes pour un développement durable et équitable. Convaincu de la puissance du dialogue, de l’histoire et de la solidarité, Tina Mwangelu a rejoint I-Dialogos.
Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) lutte pour restaurer la paix, une nouvelle initiative pourrait offrir une lueur d'espoir pour résoudre le conflit. Le 18 mars 2025, des négociations directes de paix débuteront à Luanda, en Angola, entre le gouvernement congolais et le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda.
Ces pourparlers, facilitant le dialogue entre les deux parties, représentent un tournant important dans la recherche de la paix dans l’est du pays. Le M23, qui contrôle plusieurs villes stratégiques de l’est de la RDC, a exacerbé la crise humanitaire, provoquant le déplacement de millions de Congolais. Ce dialogue, facilité par l’Angola, survient après des années de violences et marque une étape significative pour restaurer la stabilité dans la région des Grands Lacs.
La République Démocratique du Congo : une crise sans fin ?
La RDC est un pays en proie à une crise profonde et interminable, fruit de décennies d’échecs politiques, d’ingérences étrangères, de malversations au sein de l’élite, et d’une exploitation systématique de ses ressources naturelles et humaines. Cette crise s’est intensifiée par l’incapacité des dirigeants à traiter les causes sous-jacentes du conflit et l’absence de réformes efficaces.
L’élite congolaise, déconnectée des réalités du terrain, se livre à un pillage systématique des ressources du pays. Loin de servir au développement durable du Congo, les ressources naturelles sont accaparées par un petit nombre de personnes. La corruption, omniprésente à tous les niveaux, empêche toute tentative sérieuse de réforme. Le système de santé et d’éducation est en ruine, et la classe moyenne a disparu, laissant la majorité de la population dans une pauvreté extrême.
Les échecs des précédents Accords de Paix : une Paix de façade
Depuis la chute du régime de Mobutu, plusieurs tentatives de pacification ont échoué, et aucune n’a permis d’établir une paix durable. Les accords de Nairobi (2007), de Kampala (2008) et les discussions sous l’égide de la MONUSCO (Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo) en sont des exemples. Une des raisons majeures de ces échecs réside dans l’incapacité de traiter les causes profondes du conflit, ainsi que dans la manipulation des négociations par des intérêts politiques internes et externes.
Ces accords, censés favoriser la réconciliation, ont souvent conduit à des "brassages" et "mixages" inefficaces, favorisant la militarisation des institutions, aggravant la corruption et fragilisant l’État. Par exemple, les accords de Sun City (2002) ont permis l’intégration de groupes armés dans les institutions étatiques, sans chercher à établir la nationalité des uns et des autres.
Cette mesure censée faciliter la réconciliation nationale a renforcé l’influence des criminels de guerre et des acteurs violents, exacerbant les fractures internes du pays tout en garantissant l’impunité des responsables de violences graves.
L’Ingérence étrangère et la dérive du Tutsiland
Un autre facteur majeur de la déstabilisation du pays réside dans l’intégration des groupes tutsis dans l’est du Congo, ainsi que la question des réfugiés rwandais de 1959. Divers rapports et analyses font état d’un projet géopolitique caché, parfois désigné sous le nom de "Tutsiland", visant à redéfinir les frontières du Congo en faveur d’un "État tutsi" dans la région des Grands Lacs.
Ce projet, soutenu par certains acteurs étrangers et des membres de la diaspora tutsie, continue d’alimenter les tensions et de nuire à l’intégrité du Congo. L’ancien Premier ministre belge, Léo Tindemans, a évoqué ce projet en 1996, dans une interview dans le journal La Wallonie, où il soulignait les dynamiques géopolitiques dans les Grands Lacs.
Ce sujet a également été abordé par plusieurs experts, dont le politologue Charles Onana, qui analyse les influences extérieures dans la région des Grands Lacs, et Bernard Debré, ministre français de la coopération en 1994-1995, dans son ouvrage Le Retour du Mwami (1997).
Selon cette hypothèse, l’accord signé en 1996 à Lemera par le président Laurent-Désiré Kabila aurait été destiné à ouvrir la voie à la création d’un "Tutsiland" au Congo. Ce projet, s’il est confirmé, représenterait une manipulation géopolitique de grande envergure et une trahison de la souveraineté congolaise.
Le 27 février 2025, avec SE M.Emile NGOY KASONGO, Ambassadeur de la République Démocratique du Congo à Paris
Une révolution intérieure pour la RDC
La justice doit être le fondement incontournable de la reconstruction de la République Démocratique du Congo. Pour que la paix durable soit possible, il est impératif de mettre en place un système judiciaire équitable, transparent et indépendant, capable de traiter les injustices passées et d’éradiquer la corruption.
La justice ne se limite pas à des procès ; elle doit incarner un changement profond de mentalité et de gouvernance, où les droits de chaque citoyen sont protégés et respectés. Ce n’est qu’en rétablissant l’intégrité de l’État et en garantissant la souveraineté nationale que le Congo pourra véritablement briser le cycle de violence et d’exploitation qui a marqué son histoire.
Une réforme de l’État basée sur la justice est le seul chemin vers une paix durable et une réconciliation authentique, où la souffrance des Congolais pourra enfin trouver réparation.
Cela nécessite une véritable révolution intérieure : une prise de conscience collective qui exige de chaque Congolais de remettre en question les structures qui ont permis l’injustice et d’œuvrer pour un futur où la paix, la justice et la prospérité règnent.
Ce chemin ne sera pas facile, mais il est le seul qui mène à une nation véritablement libérée des chaînes de l’exploitation et du conflit.
Là où les accords ou négociations de paix ont échoué, c’est à travers une refonte radicale de l’État et un engagement sincère pour une gouvernance fondée sur la vérité, la justice et la réconciliation que la RDC pourra enfin ouvrir un nouveau chapitre de son histoire.
Tina Mwangelu, le 17 mars 2025