Au NIGER, des Assises nationales prometteuses. Abdoulahi ATTAYOUB

Abdoulahi ATTAYOUB est, à Lyon, le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat. Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel). 

La Diaspora touarègue aux Etats Unis (2024)

Le CNSP face aux défis du Pouvoir et aux aspirations du peuple

Les assises nationales qui viennent de se tenir au Niger, du 15 au 19 février 2025, en présence du général Abdourahamane TIANI - qui a salué un "nouveau départ" pour le pays - marquent un tournant décisif dans l’orientation que le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) entend donner à la transition en cours. 

La commission nationale chargée de piloter ce processus a formulé plusieurs recommandations visant à insuffler une nouvelle dynamique à la vie publique et à raviver l’espoir des Nigériens en quête de renouveau démocratique et institutionnel. 

https://airinfoagadez.com/2025/02/20/assises-nationales-du-niger-une-refondation-economique-et-politique-en-marche/.

Parmi les propositions les plus débattues figure la refonte du paysage politique, notamment par la dissolution des anciens partis politiques et l’élaboration d’une nouvelle charte censée tirer les leçons des échecs du passé. 

Il est indéniable que la classe politique a failli à sa mission, portant une lourde responsabilité dans l’érosion de l’idéal démocratique. La politique s’est progressivement transformée en un marché d’intérêts privés, dominé par des clans engagés dans des pratiques corruptives, sapant ainsi la confiance des citoyens envers les institutions. 

En dénonçant ces dérives certains participants ont pointé du doigt la responsabilité de la classe dirigeante, et mis en lumière une réalité incontestable : la faillite politique est la cause première de la généralisation des pratiques malsaines, y compris au sein des forces de défense et de sécurité. 

Il ne s’agit pas d’abolir le pluralisme politique, mais de rectifier un faux départ démocratique qui a empêché l’émergence d’une gouvernance réellement représentative des aspirations populaires. 

Vers une gouvernance équilibrée et juste

Une autre mesure envisagée concerne le renforcement des prérogatives du président de la République, afin d’assurer la stabilité des institutions et du pays. 

Cette réforme, bien que mieux adaptée aux réalités actuelles du Niger, ne saurait être efficace sans un équilibre entre autorité et justice. 

Un pouvoir fort ne peut être légitime que s’il est éclairé et soucieux du bien commun. Il appartient au président du CNSP, le général Abdourahmane Tiani, d’être à l’écoute, non seulement de ses conseillers, mais aussi des voix critiques soulevant des enjeux d’intérêt national. 

Après des décennies de démocratie clanique et anarchique, le Niger a besoin d’une pause réflexive pour redéfinir son projet national et adapter son système de gouvernance. Le vent souverainiste qui souffle actuellement doit permettre de rompre avec des schémas idéologiques inadaptés aux réalités locales. 

Il s’agit d’inventer un modèle de gouvernance ancré dans les spécificités culturelles et historiques du pays, tout en évitant les dérives qui ont éloigné les dirigeants des préoccupations citoyennes. 

Une refondation identitaire et inclusive

La réhabilitation des légitimités traditionnelles pourrait jouer un rôle clé dans ce processus de refondation, en leur conférant une fonction régulatrice au-dessus des clivages partisans. Leur autorité morale contribuerait à la stabilité des institutions et à la préservation des valeurs fondatrices du Niger. 

L’unité nationale passe également par le respect de la diversité et un traitement équitable de toutes les communautés. 

Une politique discriminatoire fondée sur des préférences culturelles ou ethniques fragiliserait la cohésion sociale et alimenterait des tensions nuisibles au développement national. 

Le CNSP doit veiller à ne pas donner l’impression de privilégier certains groupes au détriment de l’intérêt général. 

Dans cette optique, l’adoption du tifinagh comme alphabet national constituerait un signal fort en faveur d’une identité inclusive. 

Ce choix symbolique marquerait une reconnaissance officielle de la richesse culturelle du pays, à l’instar de ce qui a été fait en Éthiopie avec l’alphabet Amharique.

De même, la reconnaissance de toutes les langues nationales comme langues officielles favoriserait une réappropriation collective de l’identité nationale et mettrait fin aux polémiques sur l’hégémonie linguistique de certaines langues sur d’autres. Un autre enjeu majeur réside dans la reconnaissance pleine et entière de toutes les communautés présentes sur le territoire, indépendamment des classifications héritées de l’histoire coloniale et postcoloniale. 

Certains cercles influents, qualifiant certaines populations de « minoritaires », tentent de minimiser leur apport au développement national. Cette marginalisation doit être corrigée si l’on souhaite fonder une nation sur des bases réalistes et inclusives. 

Un partenariat stratégique et pragmatique

La refondation nationale passe également par une diversification intelligente des alliances internationales. 

La souveraineté du Niger ne saurait être assurée par un repli idéologique, mais plutôt par une stratégie ouverte, fondée sur des partenariats équilibrés et adaptés aux réalités du pays. 

Dans un monde en pleine mutation, le Niger doit adopter une vision stratégique lui permettant de tirer parti des nouvelles dynamiques géopolitiques et économiques. 

En définitive, les assises nationales ont ouvert une opportunité unique pour le Niger de redéfinir son avenir sur des bases solides, justes et durables. 

Il appartient désormais aux dirigeants de traduire ces aspirations en actes concrets, en tenant compte des leçons du passé et des attentes légitimes du peuple nigérien.   

Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France),                         22 février 2025